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SUISSE : Virée à Gstaad et dans les Alpes vaudoises

Eric Boucher
 - 12/10/2015

Vous recherchez le dépaysement et l’air pur ? Alors pourquoi pas la Suisse, les Alpes vaudoises avec un crochet par Gstaad ! Des paysages que l'on connaît surtout dans la féerie de l'hiver mais que l’été réinvente… La sérénité assurée. Ce circuit de 90 km se fait aisément dans la journée.

Départ : Aigle
1 jour : 90 km

Direction Genève et la région du Léman à laquelle se rattachent les Alpes vaudoises (Suisse romande). Il faudrait s'attarder sur les rives du lac, faire halte à Lausanne, Montreux, Chillon… Peut-être au retour ? Pour l'heure, nous sommes pressés de monter à l'assaut des cimes. On cinglera donc directement sur Aigle par les autoroutes A1 puis A9.

D'Aigle au col du Pillon

Aigle, point de départ idéal pour notre circuit dans les Alpes vaudoises, se situe dans la plaine à la pointe est du lac Léman. La ville offre à l'appétit du promeneur quelques belles rues, dont la pittoresque rue de Jérusalem, étroite et bordée de maisons anciennes reliées entre elles par des passerelles couvertes. Mais notre coup de cœur, c'est assurément le château d'Aigle qui monte la garde au milieu des vignes avec en arrière-plan le décor grandiose des montagnes. Cet ancien fief savoyard (13e - 15e s) accueille aujourd'hui le Musée de la vigne et du vin. Il défend désormais les couleurs du vignoble chablaisien dont il est en quelque sorte l'emblème : un terroir dominé à 80 % par un seul cépage, le chasselas qui peut atteindre une maturité exceptionnelle autour d'Aigle et d'Yvorne, donnant des vins d'une qualité très minérale.

Vous quitterez Aigle par la route 11 en direction de Leysin.

Très vite la pente devient raide avec de nombreux lacets : des vignes accrochées à des coteaux abruptes pendant quelques kilomètres, puis des gorges étroites et boisées. Ouvrez les fenêtres pour vous imprégner des odeurs de foins, de sous-bois, de champignons, de mélèzes, d'épicéas, du craquettement des grillons et du tintement des cloches des vaches…

Environ 11 km après Aigle, au niveau de Le Sépey, tournez à gauche en direction de Leysin.

Commencent alors 4,5 km d'une route très sinueuse avec par endroits une déclivité à 11 %. Voici Leysin : la petite station à 1 300 m d'altitude jouit d'un ensoleillement exceptionnel et d'un très beau panorama mais, pour un spectacle plus époustouflant, vous prendrez la télécabine qui conduit au sommet de la Berneuse à 2048 m d'altitude. De là-haut, vue plongeante sur la vallée du Rhônele lac Lémanles Dents du Midi et plus loin l'Eigerle Cernin et le Mont-Blanc. Le must est bien sûr de déjeuner au Kuklos, un restaurant tournant unique (il n'en existe que quatre de ce type au monde) qui  vous fait faire une rotation à 360° en 1h30.

Leysin est un cul de sac, il vous faut faire demi-tour et redescendre sur le Sépey pour remonter ensuite puis plonger vers Les Diablerets. 

Une route pleine d'imprévus, qui se tortille au creux de la vallée des Ormonts dans un décor somptueux d'alpages, de versants boisés et de sommets scintillants. Il convient de rester prudent. On a beau être en haute montagne, les routes sont très fréquentées… et pas seulement par les automobilistes : de nombreux motards (surtout suisses et allemands) qui s'en donnent à cœur joie et des colonnes de cyclistes et de randonneurs davantage à la peine.

Descente maintenant sur Les Diablerets dont les chalets sont dispersés au pied d'un cirque montagneux impressionnant. Si cette station de ski familiale n'a pas le prestige mondain de Gstaad, elle peut en revanche se prévaloir d'une couronne de sommets plus impressionnants : Diablerets (3 209 m), Culan (2789 m), Scex Rouge (2 970 m, prononcez  « Sè  Rouge»)…  Le domaine skiable est à l'avenant et s'étend sur trois massifs, ce qui permet une liaison avec la station de Villar-sur-Ollon sans déchausser les skis : une destination à retenir pour l'hiver !

La route vers Gstaad se poursuit ensuite par le col du Pillon à 1546 m d'altitude, soit un dénivelé de près de 400 m en partant des Diablerets. Arrivé au col, une halte s'impose. Garez-vous au pied du téléphérique qui vous conduira au glacier des Diablerets (ou « Glacier 3 000 »), l'un des plus grands de Suisse et le point culminant des Alpes vaudoises et du Saanenland. Là encore, à 3 000 m d'altitude, la vue est imprenable sur les plus beaux sommets des Alpes, et pour ceux qui sont plus portés à l'action qu'à la contemplation, le glacier offre de nombreuses activités : randonnées, via Ferrata, snowpark, chiens de traîneaux, ski d'été… Plusieurs possibilités de restauration sur place dont un restaurant gastronomique conçu par l'architecte Mario Botta.

De retour au col du Pillon, il est possible de se rendre à pied, par un étroit chemin de montagne, au lac du Retaud (1,5 km) que vous aurez d'ailleurs aperçu au cours de votre descente en téléphérique : de splendides eaux vertes au creux des alpages.

Gstaad et le Saanenland

Passé le col du Pillon, vous amorcerez une longue descente jusqu'à Gstaad. Le paysage devient plus ouvert, les vallées se font plus larges et les montagnes moins abruptes. On change également de zone linguistique, puisque l'on passe des Alpes vaudoises, région francophone, au Saanenland, germanophone. Autre spécificité locale, le Saanenland compte autant de vaches que d'habitants.

À part cela, vous arriverez à Gsteig, à 15 mn des Diablerets, sans remarquer de changement notoire. L'habitat reste sensiblement le même, dans le style des grosses maisons de l'Oberland bernois qui forment la quintessence de ce que les étrangers considèrent comme le « chalet suisse typique ». Gsteig mérite un court arrêt, en raison  notamment de son église gothique classée.

De Gsteig à Gstaad, c'est 10 km d'une vallée majestueuse qui vous plonge dans une sérénité presque irréelle : on se croirait dans une pub pour le chocolat Milka. Le joyau en est bien sûr Gstaad dont la réputation n'est plus à faire. Quoique… Si le village ne peut se départir complètement de son ambiance montagnarde chic (le luxueux hôtel Palace qui le domine de ses tourelles néogothiques nous rappelle en permanence que l'on n'est pas n'importe où), il n'y règne cependant pas un snobisme outrancier en dehors de la saison hivernale.

Vous pourrez donc arpenter en toute simplicité le centre piétonnier avec ses gros chalets aux façades très décorées. Des antiquaires, de belles boutiques de décoration ici et là et quelques marques prestigieuses (Cartier, Davidoff…), mais aussi de nombreuses terrasses où le simple mortel peut se délecter d'une modeste gorgée de bière.

Lieu emblématique de Gstaad, le Chesery où l'on se rend pour dîner dans un décor montagnard très smart, mais aussi et surtout pour la cuisine. Au menu de cet étoilé MICHELIN, morilles fraîches aux gnocchis à l’ail des ours, filet de veau du Saanenland aux morilles fraîches, délices de cabri du Saanenland... Mais ce n'est pas à la portée de toutes les bourses.

Saanen, qui jouxte Gstaad au point d'en être quasiment la banlieue, a été éclipsée par sa brillante voisine alors qu'elle donne son nom à la région. Moins glamour, Saanen présente néanmoins plus de cachet avec de superbes et imposantes maisons de bois le long de l'artère centrale, dont certaines datent du 16e s, et une église du 15e s. rendue célèbre par les concerts de musique de chambre qu'y organisa Yehudi Menuhin. On ne s'étonnera donc pas de la présence d'un buste de l'artiste dans le centre-ville.

Le pays d'Enhaut

Vous quitterez Saanen par la route 11 qui coupe à plusieurs reprises la voie de chemin de fer : un mode de transport très usité en Suisse et qui fait des trains un élément typique du paysage.

Peu avant Rougemont, vous entrerez de nouveau dans les Alpes vaudoises et plus particulièrement dans le pays d'Enhaut, donc en terre francophone. Avec sa vieille église (11e s.), son château (16e s.), ses chalets fleuris et le clapotis de sa petite fontaine devant la boulangerie, Rougemont est un hymne à la vie pastorale... Un concentré du way of life suisse... Du moins tel que les malheureux étrangers que nous sommes se l'imaginent. Pour achever ce portrait de Rougemont par une note contrastée et people, signalons que la princesse Diana y finit ses études, de 1976 à 1978, dans ce que les Anglais appellent une finishing school.

En une quinzaine de minutes d'une descente assez douce, vous arriverez à Château-d'Oex (prononcez « Chateaudè ») dont l'élément le plus caractéristique est une butte coiffée de la petite église paroissiale. Mais le vrai centre d'intérêt de Château-d'Oex est ailleurs, dans le Musée du Vieux Pays d'Enhaut où vous découvrirez l'histoire et les traditions populaires de la contrée. Le Chalet de l'Etambeau, qui dépend du musée, a l'immense avantage d'abriter une cave à fromages et diverses spécialités régionales qui sont proposées à la vente.

Si vous avez déjà entendu parler de Château-d'Oex, c'est sans doute néanmoins pour autre chose que ses fromages. La petite localité, qui est La Mecque des aérostiers, a été le cadre d'un nouveau record  en 1999 : à bord du Breitling Orbiter 3, un monstre de technologie, le Suisse Bertrand Piccard et le Britannique Brian Jones se sont envolés pour le premier tour du monde en ballon.

Vous commencez à vous ennuyer ? Patience ! Juste après Château-d'Oex, vous embrayerez à nouveau sur de la bonne et vraie route de montagne. Direction les gorges du Pissot. Virez à gauche en continuant la route 11 qui se tord à mi-hauteur de cette profonde entaille. Un belvédère permet d'admirer l'à-pic de la falaise. Ne le manquez pas, c'est le seul.

À la sortie des gorges, un vallon bucolique : l'Etivaz. On y produit l'un des meilleurs fromages d'alpage, le premier à avoir obtenu un AOC en Suisse. Celui-ci est fabriqué à partir de lait cru chauffé au feu de bois dans de grands chaudrons en cuivre, et affiné de 6 à 12 mois. Résultat ! Une pâte dure au goût fruité avec de légers arômes de noisette et de flore alpine. On le consomme également sous forme de copeaux, les Rebibes… Si vous n'avez pas eu la chance de le goûter à la carte des restaurants, la Maison de l'Etivaz (la coopérative des producteurs) vous en offre l'occasion.

Dernier tour de piste. Encore 25 km pour revenir à Aigle et boucler notre périple. Au programme : la montée sur la Lécherette et le col des Mosses (alt. 1445 m), puis la grande descente par la vallée des Ormonts. La chaussée est parfois déformée mais présente de belles courbes et des lacets… On se fait plaisir, rien que du bonheur jusqu'à Aigle.


INFORMATIONS PRATIQUES

Office de tourisme suisse

http://www.myswitzerland.com/fr

S'il n'y a pas de postes de péage sur le réseau autoroutier suisse, il faut néanmoins s'acquitter d'une vignette. Celle-ci est à coller sur votre pare-brise. Elle est valable pour une année civile et peut être achetée aux postes-frontières, dans les bureaux de poste, les stations essence et les gares.

www.ch.ch/fr/vignette-autoroutiere/


Photos Eric Boucher / Michelin